Sociologie du travail

Sociologie du travail
Marc Suteau
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Le travail et le non-travail occupent une place très importante dans notre société parce qu’on y consacre du temps, parce qu’il nous apporte à la fois un revenu et de la reconnaissance sociale. On peut dire que, dès ses origines, la sociologie s’intéresse au monde du travail ce qui donne lieu à des travaux notoires. Notamment celles d’E. Mayo et d’A. Touraine. On peut même dire que la sociologie du travail a contribué à relancer la discipline en France après la seconde guerre mondiale (notamment à travers le travail de Friedman). Cet intérêt tient d’une part aux craintes qu’avait le gouvernement que la forte salarisation ne pousse les travailleurs vers le communisme et, d’autres part, cela représentait un risque de précarité et un problème de reconnaissance du travail.

Plus tard la sociologie du travail se penchera sur les métiers de service. Dans les années 80, à l’intérêt pour le travail succède l’intérêt pour le non-travail, pour le chômage de masse. Il s’agit alors de comprendre comment une société peut s’accommoder d’un fort taux de chômage.

Deux types de réponses politiques ont été apportées à ce problème de non-travail. La première est apportée par les syndicats et les partis de gauche qui proposaient une prise en charge collective des sans-emplois et la favorisation de la reconversion par des emplois aidés. Cependant, il est devenu de plus en plus évident que le temps de travail ne cessait de diminuer et que, de plus, les formes de travail évoluaient. Est alors apparue l’idée du partage du travail. La deuxième solution est apportée par les partis de droites. Il s’agit de remettre en cause les états providence qui coutent trop chers et de valoriser toutes les formes de travail. Pour eux, un emploi déqualifié est toujours préférable au chômage. Pour cela il faut faire sauter les statuts, baisser les charges sociales.

Deux choses sont à retenir : que l’on parle des transformations du travail, de sa disparition, des points culturels qui y sont rattachés, le travail reste un sujet central au sein de la société et donc au sein de la sociologie. De plus le travail est un sujet très politique (en particulier dans un contexte de mondialisation des échanges et de remise en cause des modes de régulation des échanges).

La sociologie industrielle aux Etats-Unis :
C’est aux Etats-Unis qu’est née la discipline sociologique. Elle a connu son premier essor à Chicago. Au début on ne parle pas de sociologie mais juste de science sociale. Chicago est une importante ville d’immigration qui connait des problèmes liés à l’habitat, à la délinquance, … Chicago est également le lieu où s’est déroulé la manifestation d’Haymarket en 1886 au cours de laquelle des anarchistes blessent des policiers. S’en suivra une forte répression . C’est évènement seront commémorés tous les ans lors du premier mai.

Les premiers sociologues américains s’intéressent également au travail pour des raisons politiques. Ils veulent permettre aux ouvriers de défendre leurs intérêts, pousser leurs enfants vers les études, discipliner ces ouvriers, … Pour eux la société doit être planifiée. Pour ces premiers sociologues, la mission de la sociologie est de contribuer à former des travailleurs sociaux.

La première enquête est menée à Pittsburgh en 1907. A l’époque c’est une des grandes villes industrielles américaine. Cette enquête est financée par une fondation. Sont étudiés : le logement, la santé, l’éducation, les accidents de travail, le travail des femmes et des enfants, … Pittsburgh constitue donc le premier exemple d’enquête s’intéressant aux conditions de travail et de vie aux Etats-Unis et à ses conséquences.

Cette enquête permet d’établir que dès que la main-d’œuvre est un peu plus nombreuse, la direction en profite pour imposer des conditions de travail plus dures. Le patronat veut augmenter la productivité en sélectionnant les travailleurs, en mettant en place un personnel de surveillance (contremaîtres), en faisant en sorte que les résultats soient meilleurs en accordant aux travailleurs une part des bénéfices. Cette enquête établit comment les entrepreneurs américains mettent en place un capitalisme agressif et sont hostiles à l’organisation des travailleurs. Les travailleurs ont du mal à avoir une vie de famille construite à cause, notamment, des horaires de travail.

Dans les années 20, la sociologie gagne en indépendance mais perd en pugnacité. Les employeurs commencent à s’intéresser à la psychologie industrielle avec l’idée que si ils maitrisent bien les résultats ils pourront sélectionner des ouvriers plus adaptés à leurs besoins. Les industriels considèrent que les ouvriers ne sont pas uniquement préoccuper par l’argent mais qu’ils sont imprévisibles et qu’ils faudrait les « dompter ». C’est là qu’interviennent les travaux d’E. Mayo qui va être associé à une grande enquête portant sur l’usine Hawthorne (banlieue de Chicago). Dans cette enquête (24-32), les sociologues mettent en évidence l’importance des relations humaines. Ils montrent que les travailleurs réagissent au fait qu’on s’intéresse à eux. Mayo prouve que les test d’aptitude à l’embauche sont (en partie) inadaptés puisque les travailleurs peuvent améliorer leur production en réaction à d’autres facteurs que leurs seuls capacités.

Cette enquête va avoir des répercussion sur la méthodologie sociologique et influencer durablement la sociologie du travail.

Des les années 30 cette enquête va être l’objet de critiques. Certains sociologues pensent que cette enquête porte atteinte aux dogmes de l’économie libérale. On reproche à cette enquête de ne pas s’être intéressé au rôle des syndicats (qui, à l’époque, n’existe pas à Chicago). On considère aussi que Mayo et ses collaborateurs ont trop utilisés l’entretien et pas assez l’observation.

Ces à partir de ces critiques que va naître la troisième étape de la sociologie avec Warner. Warner, au début des années 30, va mener une enquête et démontrer les bienfaits de la démarche anthropologique en sociologie. Le principale apport de cette enquête est la notion de l’interaction.

« Où va le travail humain ? » Friedman
Aujourd’hui le travail est en recomposition notamment à cause des politiques sociales. Le travail est à la croisée de l’économique et du politique.
La sociologie française et la sociologie américaine sont très liées, elles s’empruntent des objets d’étude, des méthodes, … Aux Etats-Unis comme en France se pose le problème de la définition de la discipline.

Warner s’intéressera aux interactions. Sans le formuler comme ça, il s’intéresse aux classes sociales au cœur des relations laborieuses. En 1943 il crée le comité pour l’étude des relations humaines dans l’industrie. Il suivra un peu la même évolution que le comité créé quelques temps plus tôt par Mayo.

Une nouvelle génération de sociologues apparait (notamment avec Hughes) et pense qu’il faut se méfier des sources de financement et qu’il faut aller voir sur le terrain.
GI Bill : système d’aide américain qui permet aux personnes ayant fait la guerre de bénéficier d’une bourse et ainsi de poursuivre des études. Hughes y voit là l’occasion de produire une monographie ne se résumant pas à l’industrie.
Hughes se montre attentif au fait que le travail ne soit pas un continuum. Tout travail est caractérisé par une alternance de routine et d’urgences. Pour Hughes étudier le monde du travail c’est également s’intéresser à tout ce qui tourne autour du travail : études, syndicalisme, … Il insiste également sur le fait qu’il y ait toujours un décalage entre ceux qui demandent un service et ceux qui le produisent. Il invente l’expression de « social drama » : toute urgence est relative.

I- Histoire de la sociologie du travail

Chapouli pense que pour connaitre un domaine de la discipline il faut dépasser les textes publiés dans le cadre de cette discipline. Il vaut mieux s’intéresser aux formules de recherches. A toute formule de recherche s’associe une forme de documentation, une forme de rédaction.

Masson :

En France, la sociologie du travail apparait au moment même où la discipline prend sa véritable naissance (après 45) notamment avec la création du CES (intégré au CNRS). Le CES est alors dirigé par G. Gurvitch. Gurvitch voulait améliorer la méthode des enquêtes pour qu’elles ne restent pas de simples articles investigations. Il reste à la tête du CES pendant 2 ans.

Georges Friedman, comme Gurvitch, est philosophe. Il est d’origine bourgeoise, proche du PC et se montre très soucieux d’être en contact avec la réalité du monde du travail. En 1946 il publie son livre problèmes humains du machinisme industriel. Friedman cherche à recruter de nouveau chercheurs en sociologie. Grâce à Gurvitch puis Friedman, la discipline va peu à peu gagner des chercheurs et donc s’institutionnaliser. Il sera critiqué par les philosophes.

Alain Touraine est né en 1925. Il est fils de médecin. Bon élève il intègre l’école normale supérieure et fait des études d’histoire. Il veut sortir de l’élite intellectuelle parisienne et se fait embauche comme manœuvre dans une entreprise. Grâce à Friedman, en 1950, Touraine entre au CNRS et mène une enquête dans l’usine de Renault. Comme beaucoup de sociologues, il fait un voyage aux Etats-Unis. En 1959 il participe à la création de la revue La sociologie du travail. Suite à Mai 68, il se spécialise dans les mouvements sociaux, crée un laboratoire : le CADIS et met forme deux futurs sociologues : Dubet et Viorka.

A partir de 58 la sociologie est en marche (création de la licence de sociologie, de postes d’enseignants-chercheurs, …). La question du travail est centrale. Elle partage la plupart de la place en sociologie avec l’étude de la religion et de l’urbanisation.

La sociologie américaine prend une place de plus en plus importante dans la sociologie française bien qu’elle soit critiquée notamment parce qu’elle n’intègre pas le concept de classes sociales, parce qu’elle est trop « capitaliste », trop concrète aussi, parce qu’elle manque de hauteur, de conceptualisation. Néanmoins les sociologues français qui partent en Amérique apprennent la notion d’attitudes, les enquêtes ethnographiques, …

Après les années 50 de nouveaux thèmes d’étude apparaissent : l’école, les masses média,  la fin du monde paysan, … A partir de là, la sociologie du travail passe pour étant un domaine sociologique comme un autre. Michel Crozier s’intéresse aux administrations, au management, … Il crée le CSO. On s’éloigne des ouvriers pour s’intéresser aux cadres.

A partir des années 80 les pionniers laissent place à la nouvelle génération. De nouvelles manières d’envisager le travail font leur apparition. Se met en place l’entretien ethnographique. Se développe également le modèle de l’observation participante. Ce renouvellement des méthodologies s’est accompagné d’un regain d’intérêt pour l’histoire.


II- Le travail dans l’industrie

a) la socialisation professionnelle
Dans « la socialisation » Muriel Darmon traite de la socialisation et s’intéresse notamment aux enquêtes menées sur les professions de la santé. Elle met en avant l’importance que revêtent les diplômes scolaires.
Nous nous focaliserons plutôt sur les milieux industriels à travers des textes de Hass, Pigenet, Steffens, Beaud et Kergoat.

Jack Hass : les étapes de la carrière d’apprenti dans le montage des charpentes métalliques
Bien que publié en 1974, il se rapproche beaucoup des analyses des années 50. Cette observation a duré 9 mois. Jack Hass remarque que ce qui caractérise les charpentiers métalliques est une mauvaise formation professionnelle et un statut mal défini. Le problème majeur est un problème de sécurité. Il s’agit d’éviter les accidents. Hass voit très vite que l’intégration des apprentis va se réaliser par étapes pas nécessairement linéaires.
La première étape est déterminante. C’est le parrainage. Dans la plupart des cas on ne peut devenir apprenti qu’à condition de connaître un ouvrier (ou un ancien ouvrier). On rentre par copinage ou par le biais des syndicats alors que l’état américain essayait de réduire le rôle de ces derniers. Les syndicats de travailleurs ainsi que les employeurs trouvent de l’intérêt dans ce système. Ils sont convaincus que sont qui ont déjà entendu parlé de ce métier feront de meilleurs ouvriers grâce à leur conception réaliste du métier. De plus ils ne se montreront pas trop « gourmands » au niveau du salaire.
La deuxième étape consiste à courir sur le fer afin de montrer à ses collègues qu’il n’a pas peur, qu’il sait faire preuve de sang-froid si bien au niveau du danger physique qu’au niveau du harcèlement, de « l’asticotage » moral. Le premier job est de vérifier que les éclats de soudure ne provoquent pas d’incendies ce qui permet à l’apprenti d’observer la façon de travailler des ouvriers. Ils vont ensuite pouvoir accéder aux structures métalliques afin d’apporter les outils aux ouvriers en train de travailler. L’apprenti est évaluer, juger sur sa progression, sa force morale. Le jeune doit prendre des initiatives sans pour autant se mettre trop en avant. Il lui faut observer et prévoir les besoins des autres ouvriers.
Hass montre bien comment la socialisation professionnelle au sein de l’industrie est un moyen pour les professionnels de se contrôler mutuellement et d’être sûr que les nouveaux venus ne vont pas être dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres. Ce contrôle continue une fois la formation professionnelle accomplie.

Accomplir une partie du travail, voler le métier (Pigenet et Steffens)
Pigenet a mené une enquête sur l’école de Vierzon qui devait former  des ouvriers d’exécution. Très vite les ouvriers s’inquiètent de la mise à l’école des ouvriers. Ils font un travail que les ouvriers ne peuvent ou ne veulent pas faire. Cela permet également d’accoutumer ces enfants aux dangers du métier. La main-d’œuvre juvénile représente alors dans les verreries de la région près de 40% des ouvriers. Les patrons et les compagnons partagent à peu près la même analyse : il faut qu’ils s’habituent aux difficultés du métier et qu’ils profitent des pauses pour observer et tester le métier. Les ouvriers ont peur qu’à terme les enfants ayant étudiés représentent une menace pour la cohésion du groupe.
Les patrons pensent qu’il est mieux de recruter des apprentis les plus jeunes possible car le recrutement de jeunes travailleurs donne une certaine certitude de revendications salariales moindres.

Steffens s’est intéressé à des « ego-documents ». Son sujet d’étude est de savoir comment les traditions des ouvriers qualifiés se transmettent. Il remarque qu’on ne dit pas aux apprentis ce qu’ils doivent faire, on ne leur explique pas le travail. On leur demande d’observer pour pouvoir ensuite imiter. Pour réussir les apprentis doivent « voler » le métier (avec les yeux). Les patrons pensent que si les apprentis apprennent trop tôt ils vont avoir envie de s’installer et créer de la concurrence à leur entreprise d’origine. Pour les former ils utilisent la pédagogie de la privation.

Stéphane Beaud a recueilli des informations après d’un chef de chantier enseignant dans un lycée professionnel. C’est la même démarche qu’a utilisé Kergoat qui a travaillé sur les entreprises publiques et s’est intéressée à la manière dont-elles organisaient en leur sein des formations professionnelles. Progressivement un certain nombre de formation technique se sont montrées soucieuses d’évaluer certaines dispositions professionnelles. Elle relève dans ces formations une tendance à naturaliser les différences de sexe.

b) Le point de vue de l’encadrement
La sociologie nantaise s’est distinguée au niveau national comme étant un département universitaire axé sur la classe ouvrière. Le premier directeur de ce département était Verret. Il s’est associé à Passeron pour créer le département de socio de Nantes et le LERSCO (laboratoire de recherche). Le laboratoire a disparu au milieu des années 90. On peut faire deux critiques à cette sociologie : les ouvriers retenus comme sujet d’étude ont souvent été choisis dans le « meilleur côté » des ouvriers (qualifiés, syndiqués, …). De plus les sociologues nantais ne se sont pratiquement pas intéressés au point de vue du patronat. L’objectif de cette séance est donc de montrer comment ce point de vue patronal s’est progressivement intégré au monde du travail. Nous verrons également comment la hiérarchie du travail doit être mise en rapport avec de nouveaux systèmes d’organisation du travail.

Apparition des contremaîtres et des chaines fordistes
La question de l’autorité dans le monde du travail prend une place importante au milieu du XIX (révolution industrielle : fin des corporations). Le contremaître a pour rôle de contrôler les ouvriers. C’est le représentant du patronat dans la société alors que les premiers sont d’anciens ouvriers promus pour leurs capacités professionnelles mais aussi pour leur autorité naturelle. L’objectif du contremaître est d’imposé le point de vue du patronat de façon à ce qu’il soit accepté et légitime du point de vue des ouvriers. Il doit faire preuve d’une autorité bienveillante. On a parfois recours à d’anciens militaires pour occuper ces postes. Progressivement au cours du XIX, non seulement la figure du contremaître apparait mais, en plus, elle est incorporée aux règlements intérieurs des entreprises. Ils deviennent les maîtres de l’espace et du temps usinier. Ils bénéficient souvent d’un logement au sein même de l’usine. A la fin XIX la place du contremaître n’est pas réellement assise.
La division du travail a débuté dans la pâtisserie, s’est précisée dans la boucherie et s’est ensuite développée dans l’automobile grâce, notamment à Ford. (fordisme, taylorisme, toyotisme) L’automobile devient alors le symbole de la production de masse.

En 1986, Noiriel s’intéresse à la manière dont les rapports entre patrons et ouvriers a évolué au cours des deux derniers siècles. La première période (avant 1900) a été marquée par le patronage (les patrons exercent une autorité « naturelle » reprenant les formes de domination traditionnels dans les sociétés rurales). Les patrons se considèrent comme les égaux des ouvriers. Pour trouver des ouvriers qui acceptent d’être enfermés à longueur de journée, ils leur laissent un peu d’autonomie.
Ce modèle connait une remise en cause dès les années 1880 lorsque les grèves ouvrières se font importantes. Petit à petit le travail évolue (productivité, nouvelle méthodes de travail, …) et le patronage n’est plus adapté.
Apparait alors le paternalisme qui est caractérisé par des tentatives du patronat pour recruter de la main-d’œuvre ouvrière stable, bien disposée par rapport aux objectifs patronales, … Ces questions se posent de plus en plus suite à la deuxième guerre mondiale. L’esprit du paternalisme est d’exercer un contrôle total sur la vie ouvrière (se substituer à l’état). L’idée est de fixer la main-d’œuvre ouvrière. On encourage par exemple les ouvriers à faire leur jardin. L’idée est de renforcer la discipline dans les cités ouvrières, de s’occuper du temps libre des ouvriers, d’organiser des manifestations mettant en avant l’entreprise, de cultiver l’esprit maison, …

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