Durkheim, La morale positive en Allemagne

A travers ce texte, Emile Durkheim nous livre un véritable discours de la méthode ou, si l’on préfère, un traité de la méthode positiviste. On y voit en effet et toute l’influence du positivisme comtien et ce qui va constituer les principes mêmes des règles de la méthode sociologique. Ainsi il n’a de cesse, à partir de cette étude de la morale, de rappeler sa thèse, à savoir que les faits sociaux (dont la morale relève) doivent être appréhendés indépendamment de leurs manifestations individuelles. Cette thèse permet dès lors à Durkheim d’affirmer sa posture holiste : partir de ce qui est général pour expliquer le particulier. On ne trouve donc l’explication des faits sociaux que dans l’organisation sociale même et non dans les individus. Cette étude de la morale constitue donc une exemplification particulièrement intéressante de l’objectivisme durkheimien ou des postulats de la sociologie dite « explicative ». C’est pourquoi l’on trouve dans ce texte non seulement les éléments présentés plus tard dans les règles de la méthode sociologique mais aussi la thèse développée dans les formes élémentaires de la vie religieuse. A savoir qu’il faut rechercher les causes, les raisons, les principes explicatifs, de la religion et de la morale dans l’organisation sociale, dans la structure sociale pensée dans son ensemble. De ce postulat découle toute la méthode d’analyse développée par Durkheim. Il récuse l’approche culturaliste et individualiste psychologiste au profit d’une démarche macrosociologique fondée sur le positivisme :
1) recueillir les faits
2) élaborer des principes généraux d’analyse
3) appliquer ces principes
4) faire un examen critique

A travers cette méthode Durkheim dénonce le pur empirisme qui se contentait d’étudier les faits pour eux-mêmes et de ne s’en tenir qu’aux faits eux-mêmes. Il dénonce également la pure spéculation qui ne reposerait quand à elle sur aucune donnée factuelle mais uniquement sur l’abstraction. S’appuyant sur le positivisme décrit par Comte, Durkheim prône un mixte des deux : un travail empirique qui doit alimenter la réflexion et permettre une généralisation.  De l’observation, du terrain, on tire des conclusions et on fait des hypothèses qui vont permettre l’élaboration de concepts. On remarque combien cette conception renvoie une fois de plus à la sociologie comme science de la nature. On adopte les mêmes méthodes que pour les sciences dites dures (médecine, physique, mathématiques, …) : observation, hypothèse, généralisation. Et de là découlent les trois principes suivant :
1) considérer la société comme une réalité naturelle
2) considérer les faits sociaux comme des choses
3) se libérer des prénotions
A partir de là on retrouve une des insertions fameuses de Durkheim : le social s’explique par le social. Les faits sociaux ne peuvent donc être expliqués que par des faits sociaux. Il balaye ainsi et l’approche individualiste méthodologique et la théorie de l’imitation de Tharde. L’individu social est donc, pour Durkheim, bel et bien un agent, produit de la société, du collectif, et non l’inverse. Il est formé par le monde social.

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