II- Les précurseurs de la réflexion sociale

II- Les précurseurs de la réflexion sociale : philosophies sociales et de l’histoire, récits de voyages et utopies politiques (de la Renaissance aux Lumières)

1)      Machiavel (1499-1522) et la politique sans fard

Le contexte conjoncturel de l’Italie à l’époque est la recherche de l’unité. Machiavel se situe plutôt comme un témoin : à la fois lointain et froid. Il prend le contre-pied absolu de la pensée médiévale qui est plutôt théologique. Il exclue totalement la métaphysique, la philosophie, … Ce qui lui importe c’est d’observer la politique dans sa réalité la plus froide. Machiavel voit l’administration de la vie sociale comme quelque chose de technique. Il décrit le politique sans fard.

Le contexte est celui de la Renaissance qui transforme la pensée, la réflexion sur la société et l’administration de la société. Machiavel autonomise le politique du religieux. (Plus tard Montesquieu isolera le social du politique.) La Renaissance est marquée par 4 grands bouleversements :

-          Religieux : apparition du calvinisme, du protestantisme, ... L’individu a moins besoin de l’institution de l’église pour entrer en contact avec Dieu.

-          Intellectuel : déclin de la philosophie théocentrique du moyen-âge.

-          Politique : fin de l’état centralisateur

-          Economique et technique : nouvelles inventions dans les domaines de la production, de l’art, … Début du négoce, du marché libre, …

Machiavel ne s’exprime pas à l’impératif mais à l’indicatif. Il veut donner une vision détachée et réaliste des principes de fonctionnement de l’état moderne.

Le Prince pourrait se résumé ainsi : le pouvoir est plus dur à garder qu’à prendre. Ce livre est basé sur une connaissance poussée de l’histoire des systèmes politiques. Pour Machiavel de bonnes lois ne suffisent pas à fonder une société stable et équilibrée. Pour garder le pouvoir il faut aussi disposer de la force et surtout de la ruse et de l’intelligence politique. Pour lui le pouvoir politique est un exercice qui exige des compétences militaires mais aussi intellectuelles. Il faut que le pouvoir se fonde sur une autre légitimité que la force. Il faut faire faire preuve de rationalité.

Cette pensée est moderne puisqu’elle introduit une rupture. Paul Claval pense que la pensée de machiavel est valable pour les petits états. On peut dire que sa pensée est moderne parce qu’il pose les problèmes politiques différemment : avant lui la légitimité du prince vient de dieu. En retour le prince avait des comptes à rendre à Dieu parce que celui-ci l’avait investi d’une mission (à laquelle il croit). Le prince doit gouverner pour le bien de la société, pour le bien de ses sujets. La justification morale de son pouvoir réside hors de lui et est contrôlée par l’église. Le Prince doit, au nom de Dieu, servir la société.

Machiavel rompt complètement avec cette société là. Le prince, tel qu’il le décrit, ne s’occupe que de lui et de ses intérêts personnels et le reste du monde n’est là que pour faire éclater sa gloire, démontrer sa puissance et son intelligence politique. Pour le Prince la société n’est qu’un outil qui lui sert à affirmer sa supériorité.

2)      La Boétie (1530-1563) et la servitude volontaire

La Boétie est un littéraire, parfois poète, plus qu’un philosophe. Il ne s’adresse pas aux hommes qui possèdent le pouvoir mais à ceux qui le subissent : les dominés. La Boétie n’essaie pas à définir ce que serait un meilleur système politique. Il s’interroge sur le pouvoir lui-même et sur son fondement donc sur le fondement de la domination. Pour lui le pouvoir doit être haït.

Il cherche à savoir ce qui permet d’expliquer que le peuple accepte la tyrannie. La première réponse est qu’il y est contraint par la force, il s’y pli par obéissance. Mais pour La Boétie cette explication ne suffit pas, pour lui la servitude n’existe que parce qu’elle est volontaire. Il rompt avec l’idée d’un fondement naturel du pouvoir. La Boétie suggère que le pouvoir n’est rien d’autre qu’un phénomène social : socialement produit et socialement accepté.

Ce qui prédomine sa réflexion c’est l’idée de dénaturer. Au départ, la nature est généreuse, elle a donné à tous la semence de la raison et de la liberté.

 

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