Introduction : Relativisme des frontières

Introduction : Relativisme des frontières

Il existe des rapports étroits entre la sociologie et l’histoire.

Chacune des disciplines a ses spécificités mais elles se nourrissent mutuellement.

Sur de nombreux domaines l’histoire et la sociologie sont complémentaires, se sont des disciplines connexes qui ont besoin l’une de l’autre. Depuis un siècle d’un côté les disciplines se sont rapprochées et de l’autre chacune s’est institutionnalisée séparément de l’autre.

Les rapports ente histoire et sociologie n’ont pas toujours été positifs (cf. Seignobos et Durkheim par exemple).

Plusieurs traditions historiques s’affrontent :

-          L’histoire romantique

Renvoi à l’halographie (fait d’écrire sur les choses sacrées ou de faire devenir sacrées des choses banales). Pas encore autonomisée du pouvoir politique et religieux, reste enfermée dans l’érudition religieuse.

-          L’histoire méthodique ou scientiste

En rupture avec l’histoire romantique.

Volonté de professionnalisation et de dotation de méthodes spécifiques è Scientification

Fustel de Coulanges, Gabriel Monod, Camille Jullian, Charles Seignobos, Charles Victoire Langlois et Lavisse vont rompre avec la revue des questions historiques (beaucoup trop liée au pouvoir religieux) et élaborer une histoire scientifique s’en tenant aux faits.

Ils créent l’école pratique des hautes études (HESS) et mettent en place la revue critique d’histoire et littérature, la revue historique. Ils mettent en place l’histoire officielle. Mais cette histoire veut tellement rompre avec l’histoire romantique qu’elle finit par s’enfermer sur elle-même et se couper des autres sciences. Elle tombe rapidement dans le culte du fait.

Face à cette école une autre école apparait : l’histoire positiviste inspirée par les travaux et la démarche d’Auguste Comte. Louis Bourdeau (1824-1900), Charles Mortet (1852-1927), Lacombe (1839- ….) s’opposent à l’histoire méthodique puisqu’ils condamnent l’histoire des personnages célèbres et autre histoire évènementielle. C’est l’histoire totale, une sorte d’histoire sociale s’intéressant plus à l’étude des peuples qu’à celle des élites, qu’à celle des grands hommes. Contrairement à l’histoire méthodique elle ne se concentre pas sur les faits mais sur la recherche de lois permettant de comprendre les sociétés humaines, leurs évolutions et leurs développements. Ils ont une vision déterministe de l’évolution humaine c’est-à-dire que l’histoire est régit par des lois, par des régularités qu’il convient de mettre en évidence, en lumière. Ils ne croient pas en la singularité des faits mais en l’universalité des faits. L’histoire a pour eux un but, une finalité : retrouver les lois de l’évolution humaine.

Les rapports que la sociologie entretient avec l’histoire dépendent de l’histoire pratiquée selon les écoles. Avec l’histoire positiviste, la socio va être contre l’histoire romantique et va s’opposer de manière frontale avec l’histoire méthodique. Durkheim reproche aux partisans de l’histoire méthodique de nier, de réfuter les régularités sociales, de les négliger alors que pour lui toute science a pour objectif de mettre en évidence les grandes lois explicatives. A l’inverse Seignobos reproche à la sociologie de s’écarter trop des faits, des évènements et donc d’oublier la réalité en sombrant dans des explications trop sociologiques.

Dans les années 1920, s’exerce un changement notamment avec les travaux de Berr et Bloch qui amènent la nouvelle histoire et l’école des annales qui est une sorte d’histoire sociale qui va chercher à restituer les évènements dans leur contexte global et à prendre en compte l’ensemble des dimensions de la vie humaine (dont la dimension socio-économique). L’histoire et la sociologie se rapprochent alors.

On peut faire une distinction importante entre histoire et sociologie, entre les deux manières de voir le monde. Passeron pense que de nombreux éléments permettent de les différencier : chacune à son antériorité, ses traditions, ses méthodes de travail, ses formes d’écriture, ses formations intellectuelles, … particulières. Mais Passeron pense que la différence fondamentale ne vient pas de là. Singularité = histoire // particularité = sociologie. P. considère pense que l’histoire s’intéresse plus à ce qui est singulier alors que la sociologie s’intéresse plus au particulier, à ce sui est commun à plusieurs éléments, aux régularités. D’où la recherche pour le sociologue d’éléments transversaux. Pour comprendre la différence entre les deux disciplines il faut se replonger à l’époque de l’apparition de la sociologie, époque où il y a une querelle importante au niveau des sciences : la querelle des méthodes.

La querelle des méthodes est l’opposition entre science de la nature et science de la culture. Les sciences de la nature cherchent à mettre en évidence de grandes lois universelles alors que les sciences de la culture ont pour base le fait de dire que les explications mises en évidence doivent être relativisées en fonction du contexte. Durkheim veut mettre en place une sociologie s’inscrivant dans les sciences de la nature (sociologie explicative) alors que Weber veut l’inscrire dans les sciences de la culture (sociologie explicative). Les sciences nomothétiques recherchent des grandes lois universelles (sciences de la nature) alors que les sciences idiographiques s’intéressent à des objets particuliers et cherchent à comprendre leur fonctionnement propre (sciences de la culture).

Il est plus intéressant de parler de sociologie des temps passés que de socio-histoire, … car l’histoire est une discipline qui étudie les temps passés, c’est une forme d’analyse des temps passés. Ce qui a vraiment exister ce sont les temps passés.

S’intéresser aux temps passés permet à la sociologie permet de s’interroger sur les catégories qu’on emploie souvent sans les questionner. On entend ici par catégorie, taxinomie (classification avec laquelle on classe les individus et on lit le monde social). Cela permet aussi de questionner les catégories mentales qui sont les nôtres. Il faut les réinterroger en permanence sous peine de tomber dans les jugements de valeur, dans le socio et l’ethno-centrisme. Nos valeurs sont construites, se sont les fruits du passé dont nous sommes les héritiers.

Il faut reconstituer la genèse sociale du concept des luttes historiques que l’amnésie de la genèse éternise et réifie. On utilise des termes, des notions dont on ne se souvient par qui, pourquoi et dans quel contexte elles ont été produites et qui ne sont donc pas toujours adaptés. (cf. livre : L’étoffe du diable, une histoire des rayures et des tissus rayés    Michel Pastoureau)

Il y a, pour le sociologue, une nécessité d’historicisation (restituer l’épaisseur historique du sujet d’étude) afin de bien comprendre ce qu’il étudie. Saisir l’évolution du sujet et donc relativiser la perception et le sens de cet objet par rapport à telle ou telle période. Autrement dit une même pratique peut avoir des sens différents selon le contexte historique duquel elle relève. Le sociologue doit prendre soin de restituer son objet dans une dimension diachronique et donc dans un contexte temporel bien précis mais aussi de cerner le sens de cet objet dans un contexte précis afin de voir de quoi il a été chargé (charges de sens, de signification, de valeur, de sentiment, d’affect, de principe, de symbolique, …) et comment ces charges évoluent dans le temps. Le présent est traversé par l’histoire, il est fait d’histoire et ne peut en aucun cas être neutre. La signification qu’il revêt au moment de l’étude n’est intelligible et compréhensible que resituée dans cette épaisseur temporelle qui permet de restituer sa propre généalogie et de relativiser son sens et sa signification au moment étudié.

 

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